VOYAGE DU COULOIR DE LA MORT
La lettre électronique de John depuis Eastham Unit n°40
15 Juin 2009
Cher tous,
Ce mois-ci, la lettre est consacrée à la troisième et dernière partie du récit de John sur son transfert du mois de décembre. Grand merci aux trois « A » (Emma, Laura, Barbara !!!) qui m’ont aidée à assurer cette traduction de l’anglais au français !
Céline et Tina, comité éditorial
Comment va John ces jours-ci ?
La demande de transfert de John n’a pour l’instant pas eu de suite. En effet elle n’était pas recevable en tant que telle, il fallait que ce soit quelqu’un de l’extérieur de la prison, et non John lui-même, qui effectue la requête et fournisse les justificatifs. C’est donc la belle-mère de John (deuxième femme de son père) qui doit remplir un dossier de demande de transfert de John à Beaumont pour raisons de santé. Nous espérons que la réponse sera cette fois positive… et bien sûr nous vous en tiendrons informés et vous communiquerons ses nouvelles coordonnées.
Quoi de neuf dans la procédure judiciaire ?
Pas de nouvelles de ce côté.
Les propres mots de JohnUn tour récent des prisons texanes
Du 23 au 31 décembre 2008 – suite de la précédente lettre
Finalement, nous sommes arrivés à Polunsky et ils nous ont déchargés, emmenés dans le bâtiment 12 pour la fouille. J'ai vu plusieurs officiers que je connaissais quand j'y étais dans le couloir de la mort. Deux m'ont dit bonjour et m'ont demandé comment j'allais, quelques autres m'ont juste dévisagé.
Quand ça a été mon tour de me faire fouiller, je suis entré. Ils ont de nouvelles techniques de fouille depuis que je suis parti. Tout d’abord ils m’ont fait faire l’éternel et habituel déshabillage. Ils m’ont fait asseoir sur le siège à détecteur de métaux. Après m’être rhabillé, ils ont mis mon petit sac avec mes effets personnels dans la machine à rayons X. Ca ressemblait exactement à ce que j’avais vu dans les magazines : les machines à l’aéroport où l’on passe ses bagages. C’était la première fois que j’en voyais une. J’ai demandé à un des officiers qui était aimable avec moi comment ça fonctionnait et il m’a laissé regardé le grand écran derrière la machine. C’était littéralement un rayon X ! On pouvait voir le moindre objet présent dans le sac. Tous les objets métalliques ressortaient blanc vif. Je suppose que c’est leur nouveau détecteur de téléphone portable. Bref, après avoir passé mes effets personnels aux rayons X, j’ai rejoint le reste de ceux qui venaient d'arriver. Ils avaient entendu des officiers parler de moi et du fait que j’avais quitté les couloirs de la mort. Ils savaient maintenant que je venais du couloir de la mort. Et là le stéréotype entre en action, un seul d’entre eux m’a adressé la parole après ça. Je n’ai pas quitté le gros des yeux mais il a gardé ses distances.
Après avoir tous été fouillés et passés aux rayons X, ils nous ont fait aller dans la « cage » située à l’extérieur du bâtiment principal. C’est là que les nouveaux attendent avant d’aller à la classification et avant qu’on leur attribue une zone, un travail etc.…Quand j’étais hors de la « cage », je regardais tout autour de moi et je pensais à la façon dont j’avais regardé tous ces endroits lorsque j’étais dans le couloir et qu’on m’escortait de la salle des visites jusqu’au « dernier kilomètre », un long trottoir qui s’étend du bâtiment 12 à la salle des visites. Ce « dernier kilomètre » est également le trottoir emprunté par un prisonnier pour rejoindre le van directement à midi le jour de son exécution. Le van l’emmène ensuite jusqu’à l’unité the Walls où il sera exécuté.
On a attendu dehors dans le froid pendant plusieurs heures. Finalement, aux alentours de midi, ils ont commencé à faire le topo d'orientation, c'est-à-dire à donner toutes les instructions de la prison. Quand la femme en charge de la classification est sortie, je lui ai demandé à qui je devais m’adresser au sujet des restrictions pour le logement et le travail. Je ne sais pas comment mais elle savait qui j’étais et m’a dit : « tu es Dewberry, non ? » J’ai répondu oui. Elle m’a dit que je pourrais parler aux personnes de la classification quand je rentrerais au moment où ils l’avaient prévu. D’emblée, j’ai eu un mauvais pressentiment. Le type d’après a demandé combien de temps ça allait prendre et elle lui a répondu qu’ils avaient déjà un comité d'accueil mais qu’ils attendaient le gardien Simmons. Le gardien avait dit au comité de l’attendre avant de commencer la classification des nouveaux. J’ai pensé que c’était lié à moi. Et ce mauvais pressentiment ne disparaissait pas après avoir entendu ça ! Une demi-heure plus tard ils m’ont appelé en disant qu’ils voulaient me voir en premier ! Donc je suis entré.
Normalement, la classification se fait par trois personnes seulement mais quand je suis entré, il y avait sept personnes à l’intérieur. Maintenant, j’étais sûr qu’il se passait quelque chose ! On aurait dit des spectateurs autour de moi. Ils m’ont indiqué une chaise et m’ont dit de m’asseoir. Quand je me suis assis, je n’ai rien dit, je les ai juste regardés. Ils me regardaient comme si j’étais un fantôme. Il y avait un capitaine, assis à la table en face de moi, qui parcourait mon dossier. Il m’a demandé pourquoi j’étais transféré à « leur » unité. Je lui ai répondu que je n’avais pas de réponse à part ce que j’avais compris, c’est-à-dire que c’était pour créer une salle pour le programme GRAD à Ellis. J’ai détecté un peu d’agressivité dans sa voix. La chaise sur laquelle j’étais assis était dos au mur. Il y avait une table au milieu de la pièce et une porte sur ma gauche. Il y avait le gardien en chef, le capitaine, et la personne chargée de la classification assis derrière la table. Il y avait un officier de chaque côté de ma chaise et deux autres personnes debout sur la droite qui ne faisaient que regarder. Je l’ai interrogé au sujet de (I asked about my line class, which I was due for since it had been a years since my last write up.) ………… ………………………………………………………….
Je l’ai mentionné uniquement pour briser le silence. Ils m’ont tous regardé. Le capitaine m’a répondu brusquement : « on ne va rien te donner du tout, et ce jusqu’à la prochaine unité où tu iras ». Je lui ai demandé ce qu’il entendait par la prochaine unité. Il m’a dit « sincèrement, on ne veut rien avoir à faire avec toi, d’ailleurs, mettez-lui les menottes ».
Les deux agents de chaque côté de moi se sont instantanément jetés sur moi. J’ai dit : « minute, ne posez pas vos mains sur moi, je vais me relever vraiment lentement et mettre mes mains derrière mon dos, calmez-vous ». Je me suis levé et l’un deux m’a mis les menottes aux poignets puis a saisi mon bras et m’a littéralement rassis sur la chaise. J’ai dit « qu’est-ce qui se passe, pourquoi vous me traitez ainsi, est-ce que j’ai fait quelque chose, je viens d’arriver ». Le capitaine a alors répondu qu’il ne s’agissait pas de moi personnellement mais qu’ils ne voulaient rien avoir affaire avec moi, qu’ils ne voulaient pas qu’un ex détenu du couloir de la mort soit incarcéré dans leur unité. Il a demandé à l’agent de m’enfermer en cellule de transit. Je lui ai demandé où il comptait m’envoyer et il a répondu qu’il ne savait pas mais que je serai pour sûr la première chose dont il allait s’occuper. L’agent chargé de déterminer mon statut a demandé au capitaine si j’avais une affiliation à un gang, ce dernier a répondu qu’il n’y avait rien de tel dans mon dossier, et l’agent a lancé « dommage, on aurait pu le coller en isolement vite fait ».
Le gardien a finalement pris la parole et m’a demandé comment j’étais sorti du couloir de la mort. Je lui ai dit que ma peine avait été commuée par la cour suprême des Etats-Unis, ce à quoi il a répondu « Oh ». Puis il m’ont emmené au transit et m’on fait rentrer dans une de ces cellules tout seul. Il était presque une heure de l’après-midi à ce moment-là et j’étais épuisé d’avoir passé la nuit puis la journée debout, je me suis alors endormi. J’ai dormi pendant le dernier et le petit-déjeuner. Je me suis réveillé lorsque l’on a frappé à la porte de ma cellule, je me suis levé et il y avait là quatre officiers, qui étaient des officiers habituels lorsque j’étais dans le couloir de la mort, des gens plus décents. Deux d’entre eux avaient été promus, les deux autres non, ils avaient vu mon nom sur la liste et sont passés voir comment j’allais. En prison, que ce soit dans le couloir de la mort en en prison de population générale, il y a toujours différents types de gardiens. Les êtres humains, les trous du cul, ceux qui veulent tout contrôler et les sadiques. Ceux qui se tenaient là devant la porte de ma cellule étaient ceux avec qui tout s’était bien passé lorsque j’étais encore dans le couloir de la mort. Ils sont restés à peu près une heure avec moi, le temps de me demander comment j’allais, comment j’étais traité, de me raconter les derniers racontars, de me dire que j’étais sur la liste de ce matin, de me souhaiter que je me porte bien, puis sont partis.
Le matin suivant on a frappé à ma porte à 6h30 pour me dire que le bus était là et que j’étais sur la liste. Waouh, c’était un nouveau record pour moi, moins de 24 heures dans une unité et j’ai été littéralement foutu dehors par l’administration. Cela montre juste à quel point ils haïssent les détenus et ex-détenus du couloir de la mort. Mais en fait j’étais heureux de quitter cette prison après cette expérience ! Parmi toutes les unités où j’ai atterri après ma sortie du couloir de la mort en juin 2005, seules deux ont été hostiles à mon égard. Wynne où j’ai été isolé de la population générale pendant 11 jours et envoyé en cellule d’isolement 21 jours avant mon transfert et Polunsky, où je suis resté moins de 24 heures !! Je suppose qu’ils n’ont pas pu supporter pas l’idée de ne pas pouvoir injecter du poison plein mon corps et m’assassiner. Gens détestables !!!
Je suis donc à nouveau monté dans le bus le matin du 30 décembre. Revenu à The Walls, à nouveau. Arrivé là j'ai recommencé le cirque habituel des fouilles au corps, fouille des affaires, et ai finalement atterri dans une cellule. Bien sûr avant d'y arriver il m'a fallu subir un tour du Texas en bus de cinq heures. Au moins j’ai vu un peu de liberté pendant un moment.
Une fois que j'ai été mis en cellule à The Walls je me suis allongé, je me demandais où j'irais ensuite. Cette nuit-là ils m'ont annoncé que je repartais à nouveau. Vers minuit, tous les prisonniers en partance ont été rassemblés puis placés dans les cages comme au chenil. C'est quand je suis sorti que j'ai découvert où j'allais, à Eastham. Je n'étais pas trop heureux car c'est si loin de ma ville natale. La dernière fois que j'y étais c'est quand je suis sorti pour la première fois du couloir de la mort. C'est la première prison où j'ai été envoyé. J'ai fini par y obtenir un transfert sur ma demande pour raisons médicales et ai atterri à la prison de Wynne où mon frère était incarcéré. La raison médicale était que ma mère n'ait pas à conduire d'une prison à l'autre pour nous rendre visite, elle a subi une chirurgie du dos et conduire sur de longues distances la fait souffrir. Elle en souffre encore aujourd'hui !
Quand je suis arrivé à Eastham je n'ai pas rencontré d'hostilité, mon assignation s'est bien passée, on m'a même donné une classification supérieure. On m'a confié des travaux dans les champs. Cette prison n'a pas de cours d'université, contrairement à Ellis Unit où j'étais sur liste d'attente pour m'inscrire et commencer des cours. Je n'envisage pas de rester longtemps à Eastham Unit, c'est trop loin de chez moi. Il faut que je refasse la procédure complète pour demander un transfert pour raisons médicales. La dernière fois j'ai mis cinq mois à l'obtenir. Je ne sais pas combien de temps ça va prendre cette fois ni même si ce sera possible. Je dois essayer pourtant ! Je ne voyais presque jamais ma famille avant d'être à Eastham Unit. Je ne les vois presque jamais quelle que soit la prison d'ailleurs, mais en étant si loin, c'est sûr que je ne les verrai jamais ! La prison est située en plein milieu entre Dallas et Houston. C'est deux heures de route, de l'un ou de l'autre. De Beaumont, où est ma famille, c'est quatre heures ! Impossible pour ma famille de venir, ils sont pauvres, l'économie va mal, et je ne les verrai jamais si je ne me rapproche pas de Beaumont ! C'est mon objectif pour 2009 ! Pour l'instant je suis dans la ville de Lovelady, au Texas, merci de bien noter mon adresse ici à la prison d'Eastham. Elle n'est pas si mal, cette prison, c'est juste trop loin.
Enfin bref, c'était juste une petite mise à jour à propos de mon dernier tour du Texas, avec les compliments du bus express Bluebird du département de la justice criminelle du Texas ! Sourire ! Les fêtes ne se sont pas très bien passées pour moi, mais en pesant le pour et le contre, je pense que ce n'était pas si terrible. De pouvoir me promener dans ce bus et voir toute cette liberté, les gens, les lieux et les choses. En dehors des prisonniers qui ont peur des douches et de la brosse à dents, ce n'était pas un si mauvais voyage, vraiment. J'attends avec impatience le jour où je pourrai voyager quand je le veux et profiter de la liberté de la vie sans que les voyages soient une sorte de punition. Je sais et je crois que ce jour arrivera ! À propos, je n'ai toujours pas reçu de réponse de la cour d'appel fédérale concernant mon dossier. Pour l'instant, tout ce que je fais c'est travailler pour payer l'avocate et attendre une décision favorable.
Quoiqu'il arrive, une chose est sûre, j'ai une bonne avocate sur mon dossier et elle ne va pas me laisser me faire avoir par le système comme mes anciens avocats commis d'office l'ont fait !
J'arrête d'écrire pour aujourd'hui. Vous qui me lisez, prenez soin de vous et passez une merveilleuse année !! J'envoie à tout le monde mon amour et mon respect, et je vous remercie tous du fond du cœur de ne pas m'oublier dans cet enfer, et de votre amour et de votre soutien. Je ne crois pas que j'aurais pu tenir aussi longtemps sans tout cela ! MERCI ! D'ici la prochaine fois...
Dans cette lutte pour la justice,
John Dewberry
Eastham #1306204
2665 Prison Rd. #1
Lovelady, Tx 75851