VOYAGE DU COULOIR DE LA MORT
La lettre électronique de John depuis Eastham Unit n°39
15 Mai 2009
Cher tous,
Ce mois-ci, la lettre est consacrée à la deuxième partie du récit de John sur son transfert du mois de décembre. Grand merci aux trois « A » (Emma, Laura, Barbara !!!) qui m’ont aidée à assurer cette traduction de l’anglais au français !
Céline et Tina, comité éditorial
Comment va John ces jours-ci ?
Pas de nouvelles récentes, depuis la lettre du mois dernier.
Quoi de neuf dans la procédure judiciaire ?
Pas de nouvelles de ce côté.
Les propres mots de John
Un tour récent des prisons texanes
Du 23 au 31 décembre 2008 – suite de la précédente lettre
Le 29 décembre au matin on m'a dit que j'allais à nouveau être transféré, après avoir passé six jours à The Walls. Vers minuit, moi et tous ceux qui devaient partir avons été tirés de nos cellules et rassemblés sur la grande aire de fouille pour être fouillés, ainsi que nos affaires ; on nous a rendu nos vêtements. La fouille était terminée vers minuit et demi mais nous n'avons pas pu retourner dormir dans nos cellules. We were placed inside of a chain link, like dog kennel cages on concert. Il y en avait quatre différentes. Nous y sommes restés jusqu'à trois ou quatre heures du matin puis ils nous ont conduits aux cages dehors pour attendre le bus entassés avec tous les autres prisonniers.
Il faisait vraiment froid ce matin-là, il faisait moins de 30°F [NDLR : autour de 0°C]. Tout le monde se serrait les uns contre les autres et l'odeur n'était vraiment pas plaisante ! Heureusement j'avais mis un tee-shirt plus mon tee-shirt à manches longues avant d'être emmené, sachant ce qui allait se passer. Malgré tout, le froid était mordant ! On ne pouvait entendre dans la cage que le claquement des dents, littéralement ! Je connaissais deux mecs venant d'autres prisons, alors nous nous sommes tenus chaud.
Vers sept heures un minibus blanc est arrivé et on m'a appelé. On m'a enchaîné tout seul et conduit au dos du minibus, ouvert les portes pour me faire monter. Il y avait déjà six types à l'arrière du minibus et un petit espace restant pour s'asseoir, à côté d'un type extrêmement obèse. Donc je suis monté, en me disant qu'au moins il ferait chaud là-dedans. Mes pensées allaient vers Polunsky Unit, et ce que ce serait de retourner là-bas. A Polunsky, il y a le couloir de la mort dans un bâtiment et les prisonniers de droit commun dans le reste de la prison. Alors que je me réchauffe peu à peu en rêvassant, tout à coup l'odeur m'assaille. Le type de 200 kilos à côté de moi n'a pas dû se laver depuis des jours, il sent l'urine et la crasse ! Puis il parle au type en face de lui et je me prends son haleine comme une batte de baseball en pleine face ! J'ai cru que j'allais vomir mon petit déjeuner sur place ! C'était si horrible que je me suis senti obligé de dire quelque chose. Normalement je ne m'occupe pas des affaires des autres et je ne vais pas vers les gens que je ne connais pas. Ne pas être trop amical, c'est la loi de la jungle ! Mais bon, risquant un esclandre avec cette bête, j'ai dit à haute voix : « Pas de mépris de ma part, mais ton haleine sent le cadavre en décomposition et ça me rend nauséeux, tu pourrais le garder pour toi ou tourner la tête de l'autre côté quand tu parles ? ». Il y a eu un grand silence alors que nous nous regardions fixement l'un l'autre, puis un autre mec dans le minibus a dit : « purée je me demandais ce que c'était que cette odeur, je croyais qu'ils nous envoyaient du gaz ! », du coup d'autres ont ri et la tension s'est évanouie. Heureusement après, le gros mec n'a plus parlé de tout le voyage, il est resté assis à bouder.
Suite prochaine lettre le mois prochain…
samedi 23 mai 2009
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